Il y a des saisons qui ne racontent pas la même histoire à chacun. L’été est de celles-là. Pour les uns, il ressemble à une promesse de lenteur, une permission de déposer les armes, de quitter, quelques jours, le tumulte des habitudes. Pour les autres, il ajoute du poids aux journées. Il demande davantage. Plus de présence, plus d’organisation, plus d’attention.
Longtemps, j’ai cru que je n’aimais pas l’été. Puis j’ai compris que ce n’était pas la saison qui me dérangeait, mais ce qu’elle révélait. Elle met en lumière ce que je préférerais parfois oublier : rien ne demeure identique. La vie avance en défaisant ce qu’elle venait à peine de tisser. Elle recommence autrement. Toujours autrement.
Nous passons beaucoup de temps à vouloir maintenir l’équilibre, à croire qu’en étant assez prévoyants, assez courageux ou assez organisés, nous pourrons tenir les événements à distance. Pourtant, la maladie surgit. Les imprévus s’invitent. Les décisions des autres croisent les nôtres sans jamais nous demander la permission.
Alors il faut apprendre une vérité qui résiste à notre désir de maîtrise : nous ne pouvons pas tout porter, seuls.
Cette idée peut sembler inconfortable. En réalité, elle est profondément libératrice. Elle ne nous retire rien ; elle nous rend plus justes. Reconnaître nos limites n’est pas renoncer à agir. C’est accepter que notre force ne consiste pas à tout contrôler, mais à discerner ce qui dépend de nous et ce qui nous échappe.
Il existe une forme d’humilité qui n’a rien de la résignation. Elle ressemble davantage à une confiance. Celle qui nous invite à recevoir l’aide de ceux qui savent lorsque nous ne savons plus. À nous laisser guider lorsque le chemin devient flou. À reconnaître que nous avançons toujours grâce aux autres, avec les autres.
Nous oublions trop souvent que nous sommes des êtres d’interdépendance. Nous nous croyons propriétaires de nos existences, alors que nous n’en sommes peut-être que les dépositaires. Notre vie nous est confiée bien plus qu’elle ne nous appartient. Comme une seconde peau dont il faut prendre soin avec délicatesse, sans croire un instant qu’elle nous sera acquise pour toujours.
Et, paradoxalement, cette pensée n’alourdit pas le cœur. Elle l’allège. Elle desserre les poings que nous gardions fermés autour de ce que nous voulions retenir. Elle nous ramène au réel.
Il existe une paix discrète dans le fait d’accepter que notre tâche consiste simplement à faire notre part. La faire avec sincérité, avec exigence, avec amour. Puis consentir à déposer le reste. Porter ce que nos épaules peuvent porter, et laisser ce qui les dépasse entre des mains plus grandes que les nôtres.
Peut-être est-ce cela, la véritable sagesse : recommencer chaque jour cet apprentissage. L’humilité est une éducation du cœur. Une manière de réapprendre, inlassablement, la juste mesure de notre « petit peu ».
Texte et vidéo : ©gabriellefourcault
Musique : ©Schumann – Album for the young Opus 68
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