L’écriture est-elle réservée aux écrivains ?
La poésie, les mots, aux poètes et aux rêveurs qui auraient choisi de s’éloigner du réel ?
Je ne le crois pas. Je crois au contraire que les mots nous ramènent au monde.
À un coucher de soleil qui disparaît lentement dans la nuit.
Au brasillement de la mer qui semble nous murmurer quelque chose que nous seuls pouvons entendre.
À un sourire.
À des yeux qui pétillent devant une simple crêpe.
À toutes ces choses minuscules qui, soudain, deviennent immenses parce que nous avons pris le temps de les regarder.
Les mots ne sont pas là pour embellir le réel, encore moins pour le fuir. Ils sont là pour le rendre visible. Pour donner une forme à ce que nous ressentons sans toujours savoir le nommer. Pour faire exister les pensées, les émotions, les nuances qui se tiennent dans les interstices de nos journées et que l’indifférence finit parfois par recouvrir.
Car le réel n’est pas seulement ce qui nous heurte. Il est aussi ce qui nous émerveille.
Et pourtant, combien de fois la laideur, la violence, le bruit, l’inquiétude prennent-ils toute la place ? Leur présence devient si envahissante qu’elle finit par nous faire oublier tout le reste.
Prêter attention à ce qui demeure.
À ce qui tremble.
À ce qui est fragile.
À ce qui mérite d’être raconté.
Ce n’est pas une fuite. C’est une manière plus intense d’habiter le monde. Les mots ne sont pas réservés aux écrivains. Ils appartiennent à chacun de nous. Ils sont une nourriture aussi essentielle, peut-être, que celle qui nourrit le corps.
Prendre soin des mots, c’est prendre soin de ce qu’ils font naître en nous.
C’est cultiver notre langue pour qu’elle s’enrichisse.
Cultiver notre parole pour qu’elle devienne plus juste.
Plus douce.
Plus hospitalière.
Car peut-être est-ce cela, finalement, l’hospitalité des mots : accueillir en soi ce que l’on a cueilli du monde, le laisser mûrir, puis le partager avec l’autre.
Puissions-nous être les hôtes de ces mots qui nous font du bien. De ceux qui nous aident à comprendre nos mondes si complexes, mais aussi à y discerner leur architecture de lumière. Et peut-être qu’en prenant soin des mots, nous apprendrions simplement à mieux prendre soin du monde.
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