Il y a des films que l’on regarde.
Et puis il y a ceux qui, une fois la lumière rallumée, continuent de nous accompagner.
Soudain, le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, est de ceux-là.
Inspiré des échanges épistolaires entre Maho Isono, anthropologue médicale, et Makiko Miyano, philosophe confrontée à un cancer, le film transforme leurs lettres en de longues conversations entre deux femmes que tout semble d’abord séparer : la langue, la culture, l’histoire… et pourtant.
Que reste-t-il lorsque la vie nous confronte à ce que nous ne pouvons pas contrôler ?
Peut-être la rencontre.
Marie-Lou, incarnée par une Virginie Efira d’une sincérité bouleversante, dirige un Ehpad de la région parisienne. Elle y défend une conception profondément humaine du soin, fondée sur quatre piliers : le regard, la parole, le toucher et la verticalité. Une méthode qui rappelle une évidence que notre société oublie parfois : avant d’être un corps à soigner, une personne âgée est d’abord une personne à regarder, à écouter, à toucher, à considérer.
Mais comment défendre cette humanité lorsque la logique de rentabilité vient s’en mêler ?
Puis il y a Mari, interprétée par Tao Okamoto, une philosophe japonaise venue à Paris pour créer une pièce autour du hasard. Mari aussi refuse de se laisser enfermer dans ce que l’on croit inéluctable. Atteinte d’un cancer en phase terminale, elle veut continuer à vivre, à penser, à créer, à aimer.
Deux femmes qui, chacune à leur manière, refusent l’impossible.
Et c’est peut-être là que le film devient magnifique.
Car leur rencontre ne ressemble pas à ces grandes amitiés de cinéma qui surgissent en quelques minutes. Elle prend son temps. Elle commence presque timidement, dans la légèreté et la curiosité, avant de glisser peu à peu vers des territoires plus intimes. Les mots deviennent des passerelles. Les silences aussi.
On assiste alors, presque comme des témoins privilégiés, à la naissance d’une amitié. Une amitié qui ne cherche ni à sauver l’autre ni à lui apporter des réponses. Seulement à être là.
Pendant plus de trois heures, Hamaguchi nous fait voyager entre Paris et Kyoto, entre le français et le japonais, entre deux cultures et deux façons de regarder le monde. Et il nous invite surtout à ralentir. À écouter. À regarder vraiment.
Il nous montre aussi un Ehpad presque utopique, où le soin pourrait enfin primer sur la rentabilité. Un lieu qui pose une question aussi simple que vertigineuse : et si prendre soin des plus fragiles était l’une des plus belles façons de penser notre société ?
J’ai été profondément touchée par ces deux femmes volontaires, intelligentes, sensibles, qui refusent de renoncer à leurs convictions et à leur désir de vivre.
Parce que Soudain parle de la maladie, de la grande dépendance et de la mort, bien sûr.
Mais plus encore, il parle de la vie, de ces rencontres qui arrivent par hasard et qui, parfois, changent tout. De notre besoin d’être regardés et entendus aussi.
Et de cette étrange capacité que nous avons, même face à l’inéluctable, à continuer de dire : non, ce n’est pas encore fini.
Un film lent, profond, lumineux et profondément humain.
🎬 Un film profond, sensible et profondément humain.Mon coup de cœur. ❤ 🌹#notedujour
Texte et vidéo : ©gabriellefourcault
Musique : ©Riopy_Just wait
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